Utiliser son pouvoir pour être acteur·rice de la NonViolence systémique (2/2)

Deuxième volet : chaque rôle dans un collectif s’accompagne de pouvoirs, de privilèges et de responsabilités. Comment les exercer pour limiter les violences systémiques ? En prenant conscience de son pouvoir et de son impact, le·la consultant·e peut choisir de passer d’un « pouvoir sur » (domination) à un « pouvoir avec » (posture d’allié), selon ce que la situation exige.

Utiliser son pouvoir pour être acteur·rice de la NonViolence systémique (2/2)
Vincent Fessard

Consultant

Résumé de la publication

Chaque rôle que nous jouons dans un collectif est assorti de pouvoirs, de privilèges et de responsabilités. Comment les mettre en œuvre pour limiter les violences systémiques ?

Le projet en chiffres

En intervenant comme consultant·e·s, nous nous mettons au service du collectif : le soutenir dans son évolution, l’accompagner à définir ses besoins et à trouver des solutions, lui apporter notre expertise. Nos clients ont des attentes vis-à-vis de nous, conscientes ou non, explicites ou non, et nous délèguent un certain nombre de pouvoirs (d’organisation, d’animation…). Cette délégation nous octroie des privilèges et des responsabilités (un grand pouvoir implique de grandes responsabilités).

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Quand le niveau de violence ressentie dépend du contexte

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Dans ces circonstances, il peut nous arriver d’être confronté·e·s à des violences systémiques, voire d’y contribuer malgré nous, sans en avoir conscience. Une même action aura un impact différent selon le rôle de la personne qui la réalise.

Prenons une personne « A » qui coupe la parole à une personne « B » en réunion. La situation sera vécue différemment selon le ton employé (l’explicite), mais aussi selon le niveau de pouvoir de A sur B. Si A est perçu·e comme « supérieur·e » (expertise, rôle d’animation, position hiérarchique…), ce pouvoir, exercé même implicitement, peut faire vivre à B une violence systémique (humiliation, discrédit, insécurité, perte de confiance…), quand bien même ce ne serait pas l’intention de A.

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Une prise de conscience nécessaire

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Pour éviter ces pièges et prévenir les situations de violence (aux conséquences néfastes sur la dynamique, l’efficacité, la créativité ou la motivation du groupe), il est essentiel de commencer par prendre conscience du rôle que nous occupons et des pouvoirs et privilèges qui s’y attachent. Rappelons qu’un privilège est un avantage relatif, fonction des circonstances : « au royaume des aveugles, le borgne est roi ».

Comme animateur·trice d’un collectif (formateur·trice, facilitateur·trice, chef·fe de projet…), ne sous-estimons pas l’impact de nos interventions. L’exercice de notre pouvoir, surtout si nous exprimons facilement notre leadership, peut être vécu comme une prise de pouvoir aux effets délétères ; et notre absence d’intervention peut être interprétée comme un assentiment.

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de remettre en cause toute hiérarchie pour une horizontalité parfaite. Une certaine structuration peut être bénéfique. Le problème n’est pas de confier des pouvoirs à certains, mais que leur exercice se fasse aux dépens d’autres membres du système. D’où l’importance de cette prise de conscience : en se mettant à la place de l’autre, en observant, en questionnant, en sollicitant du feed-back, on réalise que ce qui nous semble évident ne l’est pas pour tous, et que nous jouissons d’un privilège. En nous mettant au niveau de nos interlocuteurs·trices, nous créons les conditions du lien, de la confiance et de l’estime… donc de la réussite du projet.

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Passer en conscience du pouvoir « sur » au pouvoir « avec »

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Lorsque notre rôle est assorti d’un pouvoir supérieur, nous avons la responsabilité de l’exercer avec sagesse, en conscience de son impact. Deux postures s’offrent à nous :

  • le « pouvoir sur », une posture de domination ;
  • le « pouvoir avec », une posture d’allié, qui crée les conditions pour que chacun·e donne le meilleur de ce qu’il·elle a à apporter.

Les circonstances dictent la posture la plus adaptée : en période d’incertitude ou de pression du temps, il peut être rassurant de sentir le·la capitaine à la barre, prêt·e à donner des instructions claires. Le « pouvoir sur » sert alors la cohésion et la sécurité, là où le « pouvoir avec » risquerait de créer de la confusion.

Il n’y a donc pas de solution miracle applicable systématiquement. Être acteur·trice de la NonViolence systémique est un effort de longue haleine, qui met en lumière des violences invisibles souvent alimentées par nos croyances. On ne l’aborde qu’en humilité, tel le colibri de la fable, lucides sur notre champ d’action et déterminé·e·s à y exercer pleinement notre responsabilité.

Pour relire le premier volet de ce dossier : « Transformer sa posture de consultant·e pour être acteur·rice de la NonViolence systémique (1/2) »

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