
Consultant
Les tiraillements du quotidien peuvent nous mettre dans un certain inconfort, notamment lorsqu’ils challengent nos valeurs. Comment la CNV peut-elle nous soutenir ?
Le projet en chiffres
Cet article est tiré de mon expérience personnelle et de ma compréhension actuelle de la CNV (Communication NonViolente) ; il est rédigé à la première personne. Puisse cette lecture nourrir votre réflexion et vous inspirer dans des situations équivalentes.
Dans toute situation dont je suis partie prenante, le « je » qui intervient est multiple. Sans tomber dans la schizophrénie, je contribue toujours à partir d’au moins deux endroits : l’être que je suis, riche de son histoire et de ses expériences ; et le rôle que je joue dans le système. Si l’individu reste globalement le même d’une situation à l’autre, mon rôle, lui, peut varier fortement, je n’interviens pas de la même façon en tant que consultante experte ou en tant que participante à une formation.
Il peut m’arriver de ressentir un tiraillement entre mon être et mon rôle. Vous aussi ?
Mise en situation
Prenons un exemple : mon client souhaite revoir son choix d’ERP pour harmoniser ses sites de production. Il alloue à ce projet un budget réduit, car le SI n’est à ses yeux qu’un centre de coût, pas une source de valeur ; contribuer aux bonnes conditions de travail des utilisateurs n’est pas sa priorité. Industriel agroalimentaire s’adressant à la grande distribution, il estime ne pas pouvoir augmenter ses coûts et les répercuter sur ses prix, et choisit d’investir surtout dans la production.
En écoutant ses critères, j’évalue sa demande comme une solution « au rabais », qui risque de ne pas être adoptée par les utilisateurs. Je ressens alors un inconfort, partagée entre mon rôle de consultante et mon système de valeurs. Je pourrais faire taire cet inconfort en me laissant guider par mes conditionnements : me soumettre à l’injonction de production, ou me rebeller pour rester fidèle à mes principes. Dans les deux cas, mon action serait éloignée de la sérénité nécessaire à « l’action juste », et générerait une forme de violence aux répercussions imprévisibles. Ce n’est là qu’un point de vue parmi d’autres.
La CNV pour prendre conscience de ce qui se joue…
L’approche de la CNV (déjà évoquée dans un précédent article) m’invite à marquer un temps d’arrêt pour explorer ce qui se joue, d’un point de vue systémique, grâce à l’outil du triangle des besoins. [lien interne à re-router vers sideby.fr]
Première pointe du triangle
L’être que je suis, avec son système de valeurs et son aspiration à une société où les besoins de toutes et tous sont pris en compte. Elle verse volontiers dans l’idéalisme ; l’intensité de sa résistance est à la hauteur du rêve qu’elle nourrit pour le monde.
Deuxième pointe du triangle
Le rôle de consultante que j’occupe, avec son envie de bien faire et de contribuer au développement du cabinet. Elle peut se laisser attraper par le « je n’ai pas le choix, il faut bien le faire ». Au-delà du besoin de sécurité matérielle, elle nourrit à chaque mission ses besoins d’apprentissage et de contribution.
Troisième pointe du triangle
Le système en présence, comme entité à part entière, avec ses codes implicites et explicites. La concurrence est forte, les « lois du marché » s’appliquent, chacun cherche à survivre dans cet « océan rouge ».
Prendre conscience de tous ces enjeux et reconnaître les émotions qui émergent est essentiel : ce temps d’accueil me permet de sentir ce qui est vivant dans l’instant pour m’y ajuster. Être actrice de la NonViolence systémique, c’est d’abord avoir conscience des impacts (visibles ou invisibles) que je génère, et l’assumer avec humilité. Je ne peux pas changer seule le système économique ; j’y contribue même, puisque j’en fais partie. Avant d’agir, je dois passer par une phase de deuil : accueillir ce que je ressens en mesurant combien les ressources auxquelles j’ai accès sont limitées.
… et changer de posture
Avoir conscience de ces limites m’évite de verser dans la culpabilité et l’impuissance. En les mesurant, j’apprécie aussi tous les endroits où je peux avoir de l’influence et faire bon usage de mon pouvoir d’agir, en congruence avec mes valeurs.
Me voici avec une vision claire de la situation, consciente de ce qui se joue pour moi. Il n’y a pas de réponse « toute faite » : la CNV invite à ressentir et à composer avec ce qui est vivant dans l’instant. Comme le dit Françoise Keller, formatrice certifiée du CNVC, « il s’agit de se laisser surprendre par la créativité immense qui émerge quand nous prenons le temps d’écouter ce qui se joue vraiment ». Ainsi, je choisis de jouer mon rôle de consultante du mieux possible, sans soumission, à partir d’un état d’être à la fois apaisé et déterminé, animé par l’envie d’apporter aux collaborateurs concernés une amélioration concrète. Ma conviction incarnée sera perçue, même inconsciemment, par l’environnement. Et cela peut faire toute la différence.
Dans un prochain article, j’aborderai les notions de pouvoir, de privilège et de responsabilité attachées aux rôles que nous jouons dans les collectifs.


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