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Réglementations, actions concrètes, rôle des acteurs : comment le secteur agricole poursuit sa décarbonation ?
Le projet en chiffres
Après notre décryptage de la décarbonation de l’agroalimentaire, ce volet se concentre sur l’amont : l’agriculture. Comme les autres secteurs, elle vise la neutralité carbone en 2050. Rappel des trois scopes de l’ADEME :
- Scope 1 : émissions directes des activités de l’entreprise ;
- Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie achetée et consommée ;
- Scope 3 : émissions indirectes, en amont et en aval.
Les industriels travaillent avec les agriculteurs pour réduire l’empreinte carbone en amont. Mais comment l’objectif de neutralité impacte-t-il les agriculteurs, et quelles actions sont mises en œuvre ? Pour mémoire, en 2022, l’agriculture/sylviculture représentait 19 % des émissions de GES françaises.
Un point sur la réglementation
À l’échelle européenne
Trois grandes réglementations concernent spécifiquement l’agriculture :
- Le Green Deal : via les stratégies « Farm to Fork » (systèmes alimentaires durables) et « Biodiversité 2030 » (préservation des sols, −50 % de produits phytosanitaires d’ici 2030).
- La Methane Regulation : obligation de réduire les émissions de méthane, notamment de l’élevage.
- La PAC réformée (2023-2027), dont les aides orientent les pratiques.
Zoom sur la PAC (Politique Agricole Commune)
Les aides de la PAC 2023-2027 :

Parmi ces aides, les éco-régimes ont été introduits pour réduire les GES et renforcer le stockage de carbone.
Zoom sur les éco-régimes
Ils conditionnent des incitations financières à des pratiques respectueuses de l’environnement :

À l’échelle française
Il n’existe pas de réglementation française dédiée exclusivement à l’agriculture : les textes en vigueur sont multisectoriels, Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC), loi Énergie-Climat (2019), plan ÉcoPhyto 2+, Label Bas-Carbone (2018).
Concrètement, quelles actions ?
Les GES visés
Les GES émis par l’agriculture diffèrent par leur origine et leur pouvoir de réchauffement global (PRG) :

Répartition des GES selon les activités
La surface française se répartit ainsi : SAU 49 %, forêts et sols boisés 39 %, sols artificialisés 9 %, vergers et herbe non professionnels 3 %. Sur la SAU : grandes cultures 33 %, élevage bovin 30 %, polyculture/polyélevage 13 %, viticulture 13 %, ovin/caprin 6 %, granivores 3 %, maraîchage/horticulture 1 %, fruits et cultures permanentes 1 %.
Chaque activité émet différents gaz : le méthane (CH₄) par l’élevage, le protoxyde d’azote (N₂O) par les engrais chimiques (grandes cultures), le CO₂ partout. Deux leviers : réduire les émissions et augmenter le stockage du carbone.
Les principales évolutions de pratiques
- Faire évoluer la fertilisation : décarboner et relocaliser la fabrication des engrais minéraux, et en réduire la consommation (une usine dans les Hauts-de-France, prévue pour 2030, produirait 15 % des besoins français).
- Intégrer des cultures enrichissant les sols en azote (légumineuses) en rotation ou en interculture.
- Développer l’agroforesterie (haies, arbres) pour stocker le CO₂.
- Favoriser le non-labour, qui évite la libération du carbone.
- Limiter l’import de soja pour l’élevage au profit de cultures locales.
- Améliorer la gestion des fumiers (apport de matière organique, méthanisation en biogaz).
Les principales innovations technologiques
- L’agriculture de précision (capteurs, drones, GPS) pour un usage ciblé des intrants.
- Les robots agricoles (Agri-Bots) pour une gestion précise des cultures.
- Les énergies renouvelables sur l’exploitation (solaire, éolien, biomasse).
- L’IA pour optimiser les pratiques culturales (irrigation, fertilisation).
- L’IoT pour une surveillance en temps réel et une meilleure traçabilité.
Que faut-il retenir ?
L’objectif de neutralité fait évoluer le quotidien des agriculteurs, appuyés par les innovations technologiques. Deux limites toutefois : un niveau de carbone incompressible propre à la nature des activités, et une grande diversité d’agriculteurs qui rend les réglementations collectives difficiles. Le secteur progresse néanmoins : entre 1990 et 2021, ses émissions ont baissé de 13,4 %.
Reste une question de fond : comment poursuivre la décarbonation tout en assurant la souveraineté alimentaire de la France ? À suivre dans un prochain article ou un livre blanc.


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